Vous vivez pour l’amour

Oubliez votre cœur au matin de l’hiver,

Soupesez sa lourdeur pour mieux vous en défaire,

Et vous sentant rougir à me parler d’amour,

Vous pensiez me guérir en déposant toujours,

La douceur au matin, la confiance au repos,

Ne fermez pas la main pour recueillir le flot.

 

Oubliez votre cœur au matin de l’hiver,

Au pré de votre fleur qui cherche la lumière,

Dévalez la campagne sans toucher d’autres yeux,

Enlisez les pétales au ruisseau de mes cieux.

 

Maîtrisez votre cœur, résonance nuptiale,

Ecoutez la laideur du vertige et du mal,

Que se flétrissent au vent les souvenirs fanés,

Pétrissez votre champ, la terre de vos nus pieds.

 

Refermez votre porte, sans y pleurer derrière,

Au chant des feuilles mortes, baptisez les frontières,

L’amour a dans vos yeux l’allégorie des anges,

En souillant vos draps bleus vous chantez la mésange.

 

Je vous aimerai toujours, votre quête est mensonge,

Vous vivez pour l’amour et c’est lui qui vous ronge,

La femme aux yeux d’espoir peut connaître vos vies,

La fièvre d’un parloir, apaiser vos envies.

 

Déposez votre cœur au matin de l’hiver,

Laisser geler ses peurs au froid de la misère,

Au sommet de vos cris, agripper les rochers,

Oubliez ce qu’on dit, inventer vos idées.

 

Réchauffer votre cœur au soir de vos printemps,

Laisser poser les heures sur ses tendres tourments,

Reposez son ardeur en charmant son visage,

Apprenez la douceur de dire votre héritage.

Vous avez cette nuit

Vous avez cette nuit, goûté de tout votre être,

Le souffre de l’envie, le feu de notre quête,

Vous avez cette nuit, en serrant mes doigts bleus,

Pendu à notre cou, le goût de nos aveux.

Tout est vaste semence, mes yeux le suppliaient,

Apôtre de ma chance, jetez vous à mes pieds,

Vous m’avez cette nuit frôlé de tout mon être,

Nos cœurs enfin se lient au feu de notre quête.

 

Tiphaine C

Le bel éloge

Foulant par les rocailles, la flamme aux yeux maudits,

Attire l’ombre et la faille d’un homme au goût de nuit,

La conscience au repos, les mains vers lui tournées,

Lui jette l’ancre à l’eau, la fleur pour le pécher.

Bercée par le sourire, ses amours en bateau,

Lui parlent d’avenir, et jouent avec les mots,

Sur un par terre de fleurs, la cage aux ailes dorées,

Ecoute d’une oreille et parle à la beauté.

Sérénade en pastel, porcelaine de limoge,

Présent d’un autre ciel, histoire d’un bel éloge,

Trois fois croyant mourir, d’amour désenchantée,

Sentit sur le navire, un vent de nouveauté.

Plongeant de toutes ses veines au cœur des océans,

Elle trouva de la peine et l’amour en chantant,

Bouteilles à la mer, détresse des faux semblants,

Rencontre d’un être amer, sur le contre courant.

Cherchant vers l’autre terre, la fleur d’éternité,

La couleur d’un bleu ciel, la chair du braconnier,

Dérive du dernier  jour, trouvaille d’un autre temps,

J’écris à mes amours qui vivent aux quatre vents.

L’amour n’est pas un chant qu’il faut ailleurs chercher,

On écrit les courants d’Histoire qu’on veut garder,

Trois fois j’ai vu la mer, bercée par la courant,

Jamais les vents de terre n’abimeront l’océan.

Tiphaine C

Si j’oublie votre coeur

Sur un cadran jaunâtre, oublié par le temps,

Dans le désert d’asphalte balayé par les vents,

Au son des ailes pâles bercées par les marées,

Lorsque la terre se pâme, et que tout disparaît…

 

Sous la voûte du ciel cachée par les nuages,

Sur la route du sel oubliée par les âges,

Aux présages sacrés brisés par les écumes,

Comment croire au bonheur, visage d’amertume.

 

Aux cris d’un autre monde, qu’on attend mais plus tard,

Aux fièvres de nos ombres, qui saignent nos miroirs,

Aux merveilles des entraves des quêtes englouties,

Aux enfants du savoir qui cherchent au loin la vie…

 

A toutes ces vastes choses qu’on ne peut mesurer,

Tremblantes virtuoses, échardes à nos pieds,

Aucune n’a de valeur, aucune n’a d’infini,

Si je ne vois pas ton coeur dans le creux de ma vie.

Tiphaine C

Je demande à l’Amour

 

Nourrie par la fraicheur au matin de l’hiver,

Elle rie la larme au cœur dans sa prison de verre,

Flamme entre par la porte qui souffle la beauté,

Chantonne quelques notes aux saveurs de baisers.

 

Elle touche de ses doigts bleus, l’arbre, et l’âme sauvagine

Implore les bras vers Dieu de briser la glycine.

Curieuse à l’extérieur, filant par le jardin,

Elle caresse l’âme fragile les fleurs de son demain.

 

Arrivée sur le lac, les pieds endoloris,

Agrippe à son vieux sac, les clés du paradis,

La terre glisse et son corps, trop souvent ébranlé,

Se laisse sans un remord plonger dans l’eau glacée.

 

En sortant de son être, vivifiée par les eaux,

Bras ballants, pauvre tête, frissons cracheurs de mots,

Elle comprend que l’Amour qui n’a pas d’autre nom,

Lui donne sans un détour la force du pardon.

 

Tiphaine C

Lettre à ma nuit

Ma nuit s’égare auprès du port, marchande en noir et coup du sort,

Arpente les rues, décime le soir, au bruit des vagues à l’heure d’ivoire.

 Ma nuit s’amuse à m’échapper, lime les barreaux de fer rouillés,

Loin s’abandonne à quelques sots, joue la madone, rit dans mon dos.

 Flattée de m’être indispensable, elle fait la tendre mais redoutable,

Décide souvent de s’évader et se prélasse à m’oublier.

 Ma nuit est claire sans dire limpide, elle vend son âme la mine cupide

Mais dans la brume et la rosée, calme ses yeux sur mon rocher.

 Sans toi ma nuit, je me sens seule, j’ai la rêverie le soir en deuil,

Mais si tu veux pour m’éprouver, partir le soir et me laisser,

Pars assombrir les autres corps, une autre nuit viendra alors.

 Depuis qu’il y a cette autre nuit, pour habiter mes soirs sans lit,

Ma nuit jalouse, file et revient, pleure de me voir dans d’autres mains.

 Je resterai nue sur le port, brume au poignet sans un remord,

A la lumière d’une autre nuit, qui me relève quand vient la pluie.

Tiphaine C

Petite histoire pour grandes personnes

Elle vit en préceptrice d’un théâtre enivrant,

Où son cœur précipice ravale larmes d’enfants,

A l’orée des comptines trop souvent étouffées,

Elle cherche et se dessine le monde sans y plonger.

Elle comprends dans les limbes certaines lueurs divines,

Aux allures d’aller simple les mains sur la machine,

Elle apprend de vos chairs comme une connue saveur,

Quand l’air de la bruyère transporte au loin ses heures.

Et c’est sur la grande île qu’elle a si jeune pétri,

Trois doigts dans la farine et deux dans le verni,

Qu’elle apprendra sans fin comment creuser la terre,

Pour enfouir des trésors aux allures de mystère.

N’oubliez pas Madame, n’ignorez pas Monsieur,

A chacun ses faiblesses et son jaune camaïeux,

Si vous sentez la tâche qu‘un dieu vous a confié,

Il vous faut sans relâche tacher de l’honorer.

Tiphaine C

A lire en musique …